C’est ce qui fait lien entre les Hommes qui occupe ma pratique.


Croiser les médiums et les techniques est un moyen d'emmener le dessin sur des territoires nouveaux. Adjoindre à mon geste mes propres images et celles saisies par d'autres me permet de mettre en place l'ébauche de récits possibles.


J’utilise pour cela des matériaux domestiques et plus particulièrement
aujourd’hui des pièces textiles entières ou en partie.


Je collectionne et accumule :
• des vêtements comme des tabliers, des robes de communiantes, des chemises, culottes anciennes...
• Mais aussi des mouchoirs, des draps, taies d’oreiller...


Ce qui m’intéresse ici c’est de confronter le dessin à la portée symbolique, politique, éducative, rituelle, religieuse, intime des pièces textiles et ainsi de pointer contradictions qui animent mes sujets d'études (la famille, le paraître social, les liens amoureux...).

La famille, comme groupe social autonome, avec ses propres règles de fonctionnement est un des mes principaux champs de fouille avec sa complexité, ses interdépendances en temps qu’assujettissement, carcan, servitude…


Le tissu est une trame sociale, l’utilisation de la couture est son
prolongement.

Je cherche à tisser « du lien entre visible et invisible, privé et public, intime et politique » (Sonia Recasens)*.


La forme dessinée est légère, les objets poétiques, les peintures énigmatiques ! Ils produisent paradoxalement une douce ambiguïté
sur fond de constante recherche de lien, entre gravité et légèreté,
dénonciation et évocation, de passages entre monde intérieur et extérieur.


Aujourd'hui, les interactions familiales, sociales, féminines (la femme en tant que procréatrice de lien) existent dans ma pratique : elles rencontrent des champs d’intérêts liés aux mythologies de l'enfance, de l'adolescence,

au conte, à la pensée magique, à la superstition.


Par-delà l'espace de l’œuvre, je pense l'exposition de mes dessins et volumes textiles dans des lieux d'"entre-deux" comme des chambres d’hôtels, espaces domestiques, intérieurs et ex-térieurs (jardin, arboretum) : elles activent la frontière entre le privé et le public, l'intime et « l'extime ».


Anne Sophie Viallon - 2020


Sonia Recasens, « De l’art de tisser des liens / Quand les femmes révolutionnent
les arts textiles », Elles@centrepompidou, ina.fr, 20/02/10.